L’analyse de la semaine 50 : la dette française…

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120 milliards pour stabiliser la dette française ?

La France vit un moment économique historique dont personne n’ose dire le nom. Depuis 2018, le dérapage des comptes publics français atteint des proportions jamais vues sous la Ve République, et les ordres de grandeur nécessaires au redressement dépassent tout ce que le débat politique ose envisager. Les chiffres sont brutaux : 120 milliards d’euros d’efforts budgétaires seront nécessaires selon Terra Nova pour simplement stabiliser le ratio d’endettement, pas pour le réduire.

Pour comprendre l’ampleur du désastre, revenons aux faits. Entre 2018 et 2024, le déficit public français est passé de 2,3% à 5,8% du PIB.

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36 milliards d’allègements pour les ménages, dont 21 milliards pour la suppression de la taxe d’habitation, 5 milliards sur la fiscalité de l’épargne avec la suppression de l’ISF et la flat tax, et 5,5 milliards de réduction d’impôt sur le revenu. Côté entreprises, 34 milliards supplémentaires se répartissent entre 16 milliards de baisse de l’impôt sur les sociétés, 5 milliards sur les cotisations sociales et 13 milliards au titre des impôts de production. Ces mesures, prises dans l’euphorie du “quoi qu’il en coûte” et des taux zéro, ont créé un trou structurel béant que plus personne ne sait comment combler

La dette publique française atteint désormais 115,6% du PIB au deuxième trimestre 2025, contre 20% au début des années 1980. Plus préoccupant encore, la charge annuelle de cette dette va exploser. Actuellement à 55 milliards d’euros, elle devrait doubler, voire tripler, pour atteindre 120 milliards d’euros une fois que toutes les obligations émises à taux bas entre 2015 et 2021 auront été remplacées par de nouvelles dettes au taux normal de 3 à 3,5%. Cette charge deviendra alors le premier poste budgétaire, devant l’éducation nationale.

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Les marchés financiers ont déjà tiré leurs conclusions. L’écart de taux entre la dette française et allemande, qui n’était que de 30 points de base au début des quinquennats Macron, a plus que doublé pour atteindre 70 à 80 points de base à l’automne 2025. Plus révélateur encore, l’écart avec l’Italie, qui était de 200 points de base il y a trois ans, s’est totalement résorbé. La France paie désormais sa dette au même prix que Rome, et plus cher que Madrid, Lisbonne ou Athènes. Ce spread de 80 points signifie concrètement que les marchés estiment qu’il existe une chance sur dix que la France fasse défaut sur sa dette dans les dix prochaines années. Pour un pays qui n’a pas connu de défaut depuis 1799, c’est un signal d’alarme assourdissant.

L’inflation des promesses et le mensonge collectif

Le débat politique français s’est enfermé dans une spirale absurde où chaque camp prétend avoir trouvé la solution miracle chez “les autres”. Chaque camp politique s’accroche pourtant à son “y’a qu’à” favori, soigneusement calibré pour épargner son électorat. La droite jure qu’on peut tout régler en réduisant le “train de vie de l’État”. Les chiffres démontrent l’imposture : les “frais généraux” de l’État représentent 4 points de PIB et baissent sur vingt ans. L’essentiel de nos 8 points d’écart avec la moyenne européenne provient de choix sociaux assumés : 5,7 points viennent de dépenses de sécurité sociale, principalement les 14 points de PIB consacrés aux retraites et les 12 points à la santé. Réduire de 200.000 agents la fonction publique territoriale ne rapporterait au mieux que 5 à 6 milliards d’euros annuels, soit moins de 5% de l’effort nécessaire.

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La gauche, de son côté, se raccroche au mythe de la “taxation des riches”. Les mesures envisageables sur le 1% des plus fortunés, même en allant aux limites de la jurisprudence constitutionnelle et en acceptant des risques de délocalisation, ne rapporteraient que 10 à 15 milliards d’euros par an. Rétablir l’ISF, taxer les plus-values latentes lors des successions, réformer le pacte Dutreil : tout cela est nécessaire et juste, mais représente seulement 10 à 15% du besoin d’ajustement. 

Le centre-droit mise sur le “travailler plus”. Repousser l’âge de la retraite contribuera à l’effort, mais la réforme Borne gelée représentait 10 milliards d’économies à l’horizon 2030, juste pour maintenir le déficit actuel. Une nouvelle réforme pourrait ajouter 8 milliards via l’allongement de la durée d’assurance à 44 annuités. Sur le chômage, entre 0 et 4 milliards semblent envisageables. Au total, le “travailler plus” peut contribuer pour 5 à 10% à la résolution de l’impasse, contribution appréciable mais non décisive. Il reste donc, même en additionnant tous ces efforts partiels un trou béant de 70 à 90 milliards d’euros à combler sur le dos des “99%” des français, soit 2.300 à 3.000 euros par foyer et par an.

La boucle infernale et les solutions qui dérangent

La vérité que personne n’ose formuler se cache dans les flux d’épargne. Les retraités français, grâce à des pensions financées à hauteur de 14,7% du PIB contre 12,3% de moyenne européenne, disposent d’un niveau de vie égal ou supérieur à celui des actifs. Résultat : ils épargnent massivement des revenus qui proviennent des dépenses publiques. Le taux d’épargne grimpe progressivement avec l’âge pour atteindre 25% du revenu au-delà de 75 ans, contre seulement 9% avant 30 ans. Cette sur-épargne, placée dans des produits sûrs comme les obligations d’État via l’assurance-vie, crée une boucle absurde : l’État s’endette de 3 à 4 points de PIB supplémentaires pour verser des retraites qui dépassent les besoins de leurs bénéficiaires, lesquels les épargnent pour arrondir leur héritage.

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Réduire de moitié le taux d’épargne des retraités, en le ramenant de 25% à 12% de leurs revenus, libérerait plus de 40 milliards d’euros sans effet récessif, puisque cela n’annulerait qu’une épargne compensant exactement le déficit créé pour la financer. Les leviers existent : 

  • désindexation partielle des retraites hors minima sociaux (8 milliards par an)
  • suppression de l’abattement fiscal sur les pensions (4,8 milliards)
  • alignement des taux de CSG (2 à 4 milliards)
  • taxation accrue de l’assurance-vie à l’héritage (5 milliards). 

D’autres pays européens ont franchi le pas : la Grèce a supprimé les 13e et 14e mois de pension (baisse de 15%), le Portugal a créé une taxe spéciale sur les pensions supérieures à 1.500 euros, l’Irlande a appliqué un barème de réduction immédiat allant jusqu’à 12% au-dessus de 5.000 euros mensuels.

L’autre grand levier réside dans la hausse d’un impôt à base large. Avec ses 20% de taux normal, la France possède un des taux de TVA les plus bas d’Europe, 3 à 5 points en dessous des pays comparables. Tous les pays avec plus de 50% de dépenses publiques en proportion du PIB ont des taux de 24 à 25%. Une hausse d’un point rapporte 11,4 milliards d’euros si tous les taux augmentent, 7 milliards si seul le taux normal bouge. Une marge de 3 à 5 points sur plusieurs années représenterait 20 à 50 milliards d’euros. Alternativement, la CSG offre un rendement encore supérieur : un point rapporte 14,6 milliards. Ces impôts horizontaux sont neutres économiquement, n’affectent pas la compétitivité, et leurs effets redistributifs peuvent être corrigés par des ajustements sur les impôts directs ou l’indexation des minimas sociaux.

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Tous les plans de rigueur historiques ayant réussi ont combiné ces ingrédients : effort significatif des plus riches, mesures sur les retraites, hausse d’un grand impôt horizontal. 

Les ménages se préparent à être taxés, même si chacun espère que ce seront surtout les autres. Cette attente crée déjà une mini-récession par anticipation, avec des effets aussi négatifs qu’un vrai plan de rigueur. Paradoxalement, le jour où un gouvernement tracera enfin une voie crédible de rétablissement, complète et justement répartie, le retour de la confiance pourrait compenser en grande partie l’impact récessif de l’ajustement. 

Pour ceux qui veulent approfondir le sujet, Terra Nova (Think tank français orienté à gauche et financé en partie par de grands groupes industriels) a publié un rapport très complet sur les comptes publics. S’il faut nuancer les propos forcément orientés de l’article, c’est intéressant d’y jeter un oeil ne serait-ce que pour les informations statistiques vérifiées.

Cet article est une analyse/interprétation subjective et décalée de l’information économique et financière. Il ne saurait en aucun cas représenter un conseil financier ou d’investissement. 

Source Money Radar du 09/12/25

Video YouTube : Alerte : L’Europe au bord du GOUFFRE (l’implosion est inévitable)… lien ci-dessous

https://youtu.be/mbaeE5dBZEg?si=yr_77dsJfVdStmm_

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